Youssouf, vous êtes le capitaine de la sélection de la République démocratique du Congo, quels sont vos objectifs ?
On est encore en lice pour la qualification à la prochaine CAN. On a notre destin en main. Maintenant, il faut essayer de convaincre les joueurs binationaux de nous rejoindre. J’en profite d’ailleurs pour lancer un appel à tous ces jeunes en France et en Belgique, qui hésitent encore à venir. On les attend, les portes sont grandes ouvertes pour aider le pays.

Pourquoi hésitent-ils et essayez-vous en tant que capitaine de les convaincre ?
J’ai beaucoup de contacts avec ces joueurs là. Mais c’est toujours la même problématique, ils sont hésitants ou alors ils attendent qu’un proche arrive en sélection pour pouvoir le sonder et savoir comment ça fonctionne. Mais un moment, il faut prendre son courage à deux mains, et venir jouer avec la sélection.

A quels joueurs pensez-vous en particulier ?
A tous les jeunes originaires de la RDC, que ça soit en Belgique en France ou ailleurs. Spontanément, je vous dirais :  Steve Nzonzi, Jires Kembo-Ekoko ou Tripy Makonda,. J’ai envie de leur dire qu’on est arrivé à un âge de maturité et on doit pouvoir se déterminer. En terme de logistique, on n’a a pas effectivement toutes les mêmes possibilités qu’un club européen. Mais ce n’est pas pour autant que je n’arrive pas à jouer, par exemple. Et avec eux dans le groupe, on pourra revendiquer davantage de choses, car on change les choses de l’intérieur. Car si ils pensent qu’en ne venant pas les choses vont s’améliorer, ce n’est pas le bon calcul.

C’est une véritable une perche tendue…
Oui, c’est clair. Quand on voit la Côte d’Ivoire ou le Sénégal avec des joueurs qui évoluent dans des grands clubs européens. Je ne vois pas pourquoi la RDC ne pourra pas faire de même. Dans chaque centre de formation, il y a toujours un Congolais qui joue et qui est parfois même le meilleur. Aujourd’hui, c’est un message que j’envoie à la Fédération et aussi aux joueurs. On aura toujours dit que la fédération ne faisait pas d’efforts, mais avec le président de la Fédération congolaise de football (Fécofa), Constant Omari, on a mis cartes sur table. J’en profite pour le remercier. Ce travail a été fait pour que les joueurs viennent plus facilement.

Quels efforts ont été faits pour faciliter la venue des joueurs évoluant en Europe ?
 On a décidé de mettre tout à plat et dire ce qui n’allait pas. On a crevé l’abcès. On a plus de problèmes d’itinéraires, car par le passé, on faisait des voyages trop longs. On a aussi réglé les problèmes de remboursements des billets d’avion. Même si on n’est pas la meilleure des nations, on essaye de s’améliorer. Et si ces joueurs étaient là, les choses iraient encore plus vite. C’est en gagnant qu’on peut revendiquer des choses. La Côte d’Ivoire ne s’est pas faite en un jour. Elle a progressivement fait venir Drogba, Eboué etc…Et malgré cela, elle n’a pas gagné de trophée et les joueurs sont encore là pour représenter leur pays.

Ne pensez-vous pas que certains attendant plutôt l’équipe de France ou de Belgique ?
Cela rentre en ligne de compte, c’est certain. Il y a une réalité qui fait que les meilleurs iront en EDF, mais il n’y a pas 23 places, pas 100. Les autres feront un choix. C’est dur d’attendre l’équipe de France, quand on commence à avoir 26 ou 27 ans. Et pour acquérir une expérience internationale, les pays africains sont intéressants. Ils ont un bon niveau.

On vous sent très investi par cette mission. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?
Oui, je le suis. J’ai la chance de les représenter et je m’en fais le relais. J’ai envie de m’investir pour qu’on puisse exploiter pleinement notre potentiel. Je crois que c’est le bon moment pour le faire. Après la CAN, ça sera aux jeunes de l’équipe de prendre la relève. Il y a une possibilité de participer à la CAN et puis la Coupe du monde . Ce n’est pas en attendant, en se disant que cela va changer et en venant au dernier moment que l’on va réussir. C’est dès maintenant qu’il faut rejoindre la sélection. C’est maintenant qu’on a besoin d’eux.

Avec la RDC, en quoi le challenge peut-il être stimulant sportivement ?
Cela peut permettre de prendre une autre dimension. Certains ne se rendent pas compte de l’impact que peut donner à une carrière en Europe une CAN ou Coupe du Monde. On a de quoi compter de nouveau sur le continent si on unit nos forces.

Dans le contexte du débat sur les binationaux en France, ne pensez-vous pas que les joueurs vont être encore plus prudent ?
Non,  C’est le joueur qui décide, c’est son choix. J’ai été convoqué avec la RDC et l’équipe de France Espoirs en même temps. Mon père m’avait demandé de bien réfléchir. J’ai fait mon choix car je savais qu’on pouvait faire des belles choses avec la RDC. D’autres comme Distel Zola, Granddi Ngoyi ou Cédric Mongongu l’ont fait aussi… #Nabil Djellit#Rdcongoleopardsfoot.com#

Interview: 7 août 2011

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