Fleury Dala, analyste sportif a réagi par rapport à l’actualité de l’heure. Au cours d’une interview, Dala évoque la prestation des Léopards lors de deux matches des éliminatoires de la Coupe du monde 2018.

Les Léopards sont qualifiés pour le troisième tour des éliminatoires de la Coupe du monde 2018. En votre qualité d’analyste sportif, quelle est votre analyse sur la prestation de la RDC à l’issue de cette double confrontation contre le Burundi ?

Fleury Dala : Je retiens en premier lieu le résultat positif à l’issue de deux rencontres. La RDC est qualifiée pour la phase de groupe. C’est une performance importante à souligner. Quand on scrute la liste des autres qualifiés, que de grands noms continentaux constate-t-on. Il n’y a pratiquement pas eu de surprise. Il est peut-être tentant d’oser penser que le Cap Vert en est une. Mais les résultats de ce pays dans les joutes internationales doivent plutôt appeler à le considérer comme une force montante. Il a failli se qualifier à la Coupe du Monde de 2014. La Libye a fait un bon parcours aux dernières éliminatoires de la même compétition. Il aurait été très décevant et suicidaire que la RDC n’y soit pas comme au dernier tour des éliminatoires Coupe du Monde 2010, malgré un match prometteur à Marbella contre la France, une préparation encourageante face au Gabon et à l’Algérie et un match plaisant au Caire, face à l’Egypte quoique perdu.

Je sais qu’en football, à travers le monde et cela est aussi vrai dans notre contexte congolais, des supporters aussi bien que les dirigeants ont deux exigences : le résultat et le beau jeu. Mais tout le problème réside sur l’ordre de préséance. Chez nous, selon mon constat, si l’idéal de satisfaction de ces deux conditions n’est pas atteint, on préfère perdre avec un beau jeu. Souvenez-vous de la fierté que mettent les supporters de V. Club quand ils évoquent la mauvaise prestation de leur club, sous feu Bibey, à la LINAFOOT 2004 avec 2 points au compteur final. Ou encore ce quolibet en chanson lancé par ces mêmes supporters à leurs frères et sœurs du club rival du DCMP, au début de la saison 2010-2011. (Combien combien ? Ooo tobeti bien, qui se traduit par « quel est le score du match ou le résultat du match », demanderaient les V Clubistes ? Les daringmen répondraient : « notre équipe a bien joué »). Une victoire réaliste c’est-à-dire celle obtenue à l’issue d’un match où on n’a pas bien joué ne convainc pas et n’attire pas grand monde, chez nous. Or, dans une confrontation directe et où l’enjeu demeure la qualification, le pragmatisme devrait amener à regarder en priorité une qualification. C’est comme un derby ou une finale. On ne le joue pas. On le gagne.

Face à la double confrontation avec le Burundi, le staff technique de la RDC a recouru à une tactique adéquate. Dans les conditions de préparation que nous connaissons et dans la recherche de la meilleure et de la plus forte sélection possible pour la RDC, des choix ont été opérés. Les systèmes 4-4-2 à Bujumbura et 4-3-3 à domicile à Kinshasa ont été privilégiés. La perception généralement partagée est que la RDC est qualifiée sans convaincre. Même le Président de la Fédération a succombé en admettant cette sentence. Un jugement hâtif, sans un recul possible peut conduire à une conclusion biaisée. Toute proportion gardée, je dirais que la RDC s’est battue avec ses moyens et ses limites et a réussi à être dans le dernier lot pour la poursuite de la compétition. Tout n’a pas été rose. Tout non plus n’a pas été noir. Le travail d’amélioration se poursuit. La consolidation du groupe est une obligation. La RDC a montré des phases importantes du jeu à parfaire. Le but de Jordan Nkololo est consécutif à une bonne construction amorcée par Yannick Bolasie en passant par Jacques Maghoma et Joe Issama. Son centre a trouvé dans la petite surface du Burundi trois coéquipiers : Dieumerci Mbokani au premier poteau, Firmin Mubele au milieu et Nkololo au dernier poteau. Il en est de même de l’action qui a abouti au penalty de Bolasie. La relance a été assurée et bien amorcée par Mubele pour trouver dans le parcours Fabrice Nsakala, Mbokani, Cédric Bakambu et enfin Bolasie.  Je suis convaincu que la RDC n’a rien perdu. Elle demeure au contraire sur la bonne voie.

Selon vous, que faut-il améliorer lors de la prochaine étape des éliminatoires ?

 

Ce que je vois dans le travail du staff technique, c’est le refus de dormir sur les lauriers. La 3è place obtenue à la CAN n’est pas montée à la tête de qui que ce soit, contrairement à ce que nous pouvons penser de loin, dans un jugement teinté de projection de nos propres peurs et inquiétudes. Je me fonde sur les déclarations de l’entraîneur que je crois être sincère. Il répète à chaque fois qu’il en a l’occasion que les objectifs, c’est la CAN 2017 et la Coupe du Monde 2018. Le staff technique travaille à parfaire le groupe, à le consolider, à renforcer et à dépasser les faiblesses et limites de sa sélection. Des joueurs qui n’ont pas été à la CAN sont en train d’arriver pour ce but précis. Ceux qui donnent satisfaction immédiate sont gardés. Dans le cas contraire, le staff technique veut les voir briller en club pour de nouveau les rappeler.

Ainsi, pour moi, l’amélioration doit être portée sur la défense, principalement l’axe dont on n’est pas encore certain pour la meilleure combinaison. Le milieu défensif doit également être renforcé. Les Léopards encaissent beaucoup. Le débat existe autour du joueur Mbemba, perçu à juste titre comme le défenseur central idéal. A en croire le patron technique de Léopards, il reviendra à ce poste. Voilà pourquoi, on veut voir Rémi Mulumba être qualifié par la FIFA.

L’amélioration dépend aussi des impondérables contre lesquels on ne sait pas toujours être prévoyant ou les éviter. Je voudrais parler de blessures. On serait loin dans la solidité au milieu du terrain si la paire Mbemba-Mulumbu avait tenu la route. Cependant les blessures à répétition du capitaine de Léopards ont freiné l’élan. Sur 16 matches, depuis Cote d’Ivoire-RDC d’octobre 2014 (3-4), Mulumbu et Mbemba ont ensemble joué 6 matches dont deux où le premier a été remplacé sur blessure à la première mi-temps (RDC-Cap Vert à la CAN 2015 et Burundi-RDC du 12 novembre 2015). Donc, 10 matches importants ont été manqués par Mulumbu sur blessure où il pouvait affiner sa combinaison avec Mbemba.

Un autre point d’amélioration demeure l’animation du jeu. Neeskens Kebano est très attendu à ce rôle. Comme on le sait, les blessures le privent encore de nous démontrer tout son talent. L’occasion la plus propice a été le dernier match de Léopards. Beaucoup ne le savent pas : Kebano ne s’est pas bien senti. Il a demandé au coach de ne l’aligner que pour 10 ou 15 minutes. Nkololo est en train de venir. Un autre joueur, Dieu seul sait, peut se révéler idéal à ce poste dans les mois qui viennent. Paul-José Mpoku est cité comme cet autre renfort. Sans omettre qu’au niveau local, un élément important peut émerger. Merveille Bope, au milieu du terrain, pourrait prendre du volume nécessaire.

Quand le staff aura trouvé des pièces manquantes et plus ou moins finaliser son groupe sans le fermer hermétiquement, il se mettra sûrement à façonner le beau jeu que tous attendent, ou du moins une identité de jeu que j’ai déjà perçue lors du dernier match : la possession de la balle. Mais il nous faudra, quand nous aurons ces joueurs, nous rendre à l’évidence que quelquefois le choix du résultat immédiat pourrait amener à certains sacrifices quant au jeu ou au choix des joueurs.

 

Le tirage au sort du CHAN 2016 a rendu son verdict le dimanche 15 novembre dernier, la RDC évoluera dans le groupe B avec le Cameroun, l’Angola et l’Ethiopie. Quelles sont les chances des Léopards dans ce championnat d’Afrique des nations ?

 

La contre-performance de Léopards serait de ne pas sortir de la phase de groupe. Depuis le lancement de cette compétition, les trois éditions déjà organisées ont vu la RDC passer ce cap. La barre est encore placée à ce niveau-là. Les Léopards conservent-elles cette chance au Rwanda ? C’est possible, mais j’entrevois une vraie bataille. Le Cameroun est un adversaire connu. Nos forces s’équivalent. Nous lui avons toujours barré la route aux éliminatoires mais en phase finale, nous restons sur une défaite face à lui, au Soudan, en 2011. L’Angola vient de nous battre au tournoi de célébration de ses 40 ans d’indépendance. Les Léopards ont démontré qu’ils sont bien en place. On ne l’a pas beaucoup souligné, mais les A’ congolais ont vraiment été flamboyants à Luanda. Le renforcement de la sélection de locaux nous donnera des occasions de pronostiquer pour un résultat positif possible. Pourvu que le championnat national se poursuive.  L’Ethiopie démontre depuis quelque temps un jeu attrayant fondé sur la possession de la balle mais avec une faiblesse au niveau de l’attaque et de la défense. Je crois que sur le plan de jeu, si la RDC joue concentrée sur ses propres forces, on pourrait avoir entre les deux équipes un match agréable, à moins que l’enjeu ne l’emporte sur le jeu et la tactique ne puisse primer sur l’état d’esprit des joueurs. Passé la phase de groupe, le reste de la compétition est une question de réalisme. Tout peut se jouer sur un détail. Une équipe peut monter en force, une autre peut accuser le coup du niveau élevé de la compétition à l’entame du tour des éliminations directes. On a vu le Congo Brazzaville sortir très fort de la phase de poules à la CAN 2015 mais craquer devant la RDC en quart de finale ; les Léopards sortaient d’un groupe aux résultats étriqués. La Côte d’Ivoire a commencé moins bien pour bien finir. Le Ghana a perdu un match en phase de poule mais il a été finaliste.

Le TP Mazembe a remporté son cinquième titre en Ligue des champions de la CAF avec un nombre important de joueurs étrangers. Pensez-vous que la présence des étrangers en grand nombre au sein de cette formation demeure-t-elle inévitable ?

 

D’emblée, je dirais félicitations sincères à Mazembe pour ce cinquième titre. Mon vœu personnel qui peut-être ne compte beaucoup mais je tiens quand même  à l’exprimer, aurait été de voir la courbe renversée : 21 nationaux pour 9 étrangers. Il y a eu 21 étrangers pour 9 nationaux dans la liste de la CAF. A coup sûr, le pays aurait beaucoup gagné et on irait au CHAN avec deux arguments forts : l’ossature de Mazembe et celle de V. Club.

Pour poursuivre avec votre question, je soulignerai que le nœud de la question repose sur les perspectives à court, moyen ou long terme. Sortant de deux années fabuleuses en termes de résultats sur l’échiquier continental en 2009 et en 2010, Mazembe qui avait peiné 7 ou 8 ans durant pour atteindre la marche la plus haute du podium a mis en place un projet pour la continuité de sa forme, pour le maintien de son niveau, sans transition. Sur le marché local, il lui était difficile de se renforcer avec des joueurs prêts pour la compétition africaine. Le faire signifiait recruter auprès des clubs majeurs du pays avec toutes les conséquences néfastes que l’on connait. Il est vrai que le rythme a été poussé plus loin avec un recrutement systématique des joueurs étrangers, à chaque saison, sans nécessairement laisser partir les anciens, seulement en cédant les moins performants au club frère, CS Don Bosco. C’est ce que j’appelle le court terme et seulement dans ce cas il est compréhensible.

Mais dans la durée, cela gênerait parce que nous avons un football qui n’a pas encore atteint le niveau du foot européen. L’opinion sportive pense que nous devons suivre l’exemple européen. Mais sans approfondir les conditions qui ont prévalu à l’ordre actuel du foot européen en matière de recrutement de joueurs non nationaux dans des championnats de ces pays, nous ferons du copier-coller non intelligent. A long terme, il va falloir être plus méthodique. C’est là que se comprend l’instruction du gouvernement à travers le Ministère de sports et loisirs sur la limitation du nombre de joueurs non congolais dans le championnat national. Cela n’est pas unique à la RDC. Encore une fois l’opinion sportive congolaise ne regarde que vers l’Occident alors qu’en Afrique, nous avons des exemples. Dans les pays du Maghreb, la limitation du nombre des joueurs étrangers est d’application. Cela favorise le recrutement de meilleurs éléments. En Afrique du Sud, la Fédération limite à cinq le recrutement des étrangers dans des clubs professionnels, c’est-à-dire en première et en deuxième divisions. A partir de la troisième division, le championnat est amateur et on n’y recrute pas d’étrangers. Plus près de nous, l’Angola applique mutatis mutandis la même recette.

La recommandation à faire au gouvernement est l’aide qu’elle doit apporter aux clubs pour la formation de la jeunesse afin de voir son instruction réussir dans la durée sinon elle souffrirait de contestation et pire de non-respect par les clubs puissants, surtout qu’aucune discussion préalable profonde n’a été menée à ma connaissance sur ce dossier. La RDC, comme dit le technicien Ibenge, est un pays où on joue au foot du matin au soir et dans tous les coins de rue. Je dirais même plus sans restriction. Dans ce contexte, on doit forcément être capable de dénicher autant de Mputu, Matumona Ruum, etc. Sans une vraie formation, on arrive à faire émerger de tels talents, quels résultats n’atteindrons-nous pas en mettant en place des structures d’encadrement ? Mazembe est sur cette lancée avec la Katumbi Football Academy. Les autres clubs de renom peuvent se relancer en restructurant davantage  leurs équipes juniors. Des initiatives privées doivent être encouragées en leur octroyant des facilités à la limite de la loi pour relever ce défi. Le foot n’est plus un simple loisir. Il a atteint des lettres de noblesse tant dans sa gestion technique qu’administrative. La gestion politique devra aussi se mettre au diapason pour son éclosion effective en RDC. Ainsi d’autres sports par émulation suivront le bon exemple.#Olivier Sefu#Rdcongoleopardsfoot.com#

 

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